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Le financement participatif : financer son film grâce à son public

Tu as écrit ton court-métrage.

Tu as trouvé une équipe.

Tu as commencé à récupérer du matériel.

Il te manque encore :

400 €.

Et soudain quelqu’un prononce la phrase magique :

« Fais un crowdfunding ! »

Dans l’imaginaire collectif, tu mets ton projet sur Internet, des inconnus tombent amoureux de ton scénario et, trois semaines plus tard, tu disposes de 15 000 € pour tourner.

Dans la réalité…

Ta mère met 50 €, ton meilleur pote 20 €, ton ancien prof partage la publication et ton cousin te demande s’il peut être figurant.

Bienvenue dans le financement participatif.

Qu’est-ce que le financement participatif ?

Le financement participatif, ou crowdfunding, est une manière de financer un projet en faisant appel directement à un grand nombre de personnes, généralement par l’intermédiaire d’une plateforme Internet.

Au lieu de demander :

10 000 € à un seul financeur,

tu peux théoriquement demander :

10 € à 1 000 personnes.

Les contributeurs peuvent simplement soutenir le projet ou recevoir des contreparties en fonction du montant donné.

Pour un film, cela peut être :

un remerciement au générique,

une affiche,

une invitation à l’avant-première,

des photos du tournage,

un accès aux coulisses,

ou une contrepartie particulière liée au projet.

Le financement participatif permet donc de chercher de l’argent en dehors des circuits de financement traditionnels, tout en commençant à construire un public autour du film.

Est-ce LA solution pour financer ton film ?

Non.

Et c’est probablement la chose la plus importante à comprendre.

Pour un premier court-métrage ou un projet émergent, nous te déconseillons de construire tout ton financement autour d’une campagne participative.

Pourquoi ?

Parce que les premières personnes qui vont contribuer sont généralement celles qui te connaissent déjà.

Tes amis.

Ta famille.

Ton équipe.

Tes camarades d’école.

Les personnes qui suivent déjà ton travail.

Même Kickstarter conseille aux créateurs d’estimer prudemment leur objectif en tenant compte du fait qu’une grande partie des premières contributions provient de leurs réseaux et communautés existantes.

Le crowdfunding n’est donc pas :

« Je publie mon film sur Internet et Internet me donne de l’argent. »

C’est plutôt :

« Je mobilise une communauté que je possède déjà, puis j’essaie d’élargir progressivement cette communauté. »

Commence petit

Pour un premier projet avec une communauté encore limitée, vise un objectif réaliste.

Pour un très petit projet étudiant ou émergent, une collecte de l’ordre de :

200 à 600 €

peut déjà avoir du sens.

Pas pour financer intégralement ton film.

Mais pour financer un besoin concret.

Par exemple :

300 € pour la régie.

450 € pour louer une optique.

500 € pour les décors et accessoires.

600 € pour participer aux transports de l’équipe.

Une demande précise est beaucoup plus compréhensible que :

« Donnez-nous 8 000 € pour réaliser notre rêve. »

Ton contributeur doit pouvoir comprendre :

où va son argent.

Le crowdfunding doit compléter ton financement

Imagine un court-métrage à 3 000 €.

Tu peux essayer de construire ton financement avec plusieurs ressources :

apports personnels raisonnables,

aides publiques ou associatives,

prêts ou mises à disposition de matériel,

partenariats,

aides étudiantes,

soutiens locaux,

et éventuellement financement participatif.

Ton crowdfunding devient alors une brique du financement.

Pas tout le mur.

Et surtout, ne commence jamais par déterminer combien tu aimerais récolter.

Commence par déterminer :

combien de personnes tu peux réellement mobiliser.

Ton premier cercle est essentiel

Avant de lancer la campagne, fais un calcul extrêmement simple.

Combien de personnes sont susceptibles de contribuer ?

Pas de liker.

Pas de partager.

De sortir réellement leur carte bancaire.

Si tu identifies 20 personnes susceptibles de donner environ 20 €, tu disposes d’un potentiel initial autour de :

400 €.

Ce calcul n’est évidemment pas une garantie.

Mais il permet de confronter ton objectif à une réalité.

Parce qu’avoir 2 000 abonnés Instagram ne signifie pas avoir 2 000 contributeurs.

Et malheureusement :

les likes ne sont toujours pas acceptés comme monnaie par les loueurs caméra.

Quelle plateforme choisir ?

Plusieurs plateformes permettent de lancer une campagne.

Ulule

Ulule est l’une des plateformes françaises et européennes les plus connues.

Pour les collectes avec contreparties, le principe est celui du tout ou rien : si l’objectif n’est pas atteint, les contributeurs sont remboursés et la commission n’est pas prélevée. Pour une collecte en euros inférieure à 100 000 € financée par carte, Ulule indique actuellement une commission de 8 % TTC en France pour le porteur de projet. Des frais de service sont également facturés aux contributeurs depuis 2025.

KissKissBankBank

KissKissBankBank est une autre plateforme française historique.

Attention aux vieux articles indiquant systématiquement 5 % + 3 % de frais bancaires : sa tarification a évolué. Les conditions actuelles indiquent plusieurs offres, avec notamment des formules Starter, Pro et Expert aux tarifications différentes. Le principe du remboursement lorsque l’objectif d’une collecte concernée n’est pas atteint reste utilisé sur la plateforme.

Touscoprod / Proarti

Touscoprod était spécialisé dans le financement participatif du cinéma et de l’audiovisuel.

Aujourd’hui, le site indique que les projets en cours de collecte sont désormais proposés directement sur Proarti.

Kickstarter

Kickstarter est une plateforme internationale particulièrement connue pour les projets créatifs.

Elle fonctionne sur le principe du tout ou rien : l’objectif doit être atteint pour que le financement soit validé. Kickstarter prélève 5 % sur les projets financés, auxquels s’ajoutent les frais de traitement des paiements.

Elle peut être intéressante si ton projet possède une dimension internationale et si tu es capable de communiquer efficacement auprès d’un public anglophone.

Indiegogo

Indiegogo est une autre grande plateforme internationale.

Indiegogo a fait évoluer son fonctionnement avec maintenant une tarification annoncée à 5 % de frais de plateforme, auxquels s’ajoutent les frais de paiement.

Moralité :

vérifie toujours les conditions de la plateforme au moment où tu lances ta campagne.

Les commissions changent beaucoup plus souvent que les articles qui les expliquent.

Présente ton projet simplement

Ta page doit répondre rapidement à quelques questions :

C’est quoi ?

Qui êtes-vous ?

Pourquoi voulez-vous faire ce film ?

Combien demandez-vous ?

À quoi va servir l’argent ?

Quand le film sera-t-il réalisé ?

Évite de commencer par trois pages expliquant la symbolique métaphysique du reflet dans la vitre de la cuisine.

Ton visiteur doit comprendre ton projet en quelques secondes.

Une phrase simple peut être beaucoup plus efficace :

« Nous réalisons un court-métrage fantastique de 12 minutes à Amiens et cherchons 500 € pour financer les décors et les transports de l’équipe. »

Là, on comprend immédiatement :

ce que tu fais,

où,

et pourquoi tu demandes de l’argent.

Fais une vidéo de présentation

Tu demandes de l’argent pour fabriquer…

une œuvre audiovisuelle.

Profites-en pour montrer que tu sais communiquer par l’image.

Pas besoin d’une bande-annonce à 20 000 €.

Une vidéo courte et sincère peut suffire :

présente l’équipe,

explique le projet,

montre quelques recherches visuelles,

des repérages,

des essais costumes,

un storyboard,

des images de répétitions,

ou quelques plans d’un précédent film.

Le contributeur doit sentir qu’il finance un projet qui existe déjà, pas simplement une idée écrite dimanche soir.

Montre précisément où va l’argent

Évite :

« Les 600 € serviront à financer le tournage. »

Préfère quelque chose comme :

250 € — location de matériel

150 € — décors et accessoires

120 € — transports

80 € — régie

Total :

600 €.

Même si le budget complet du film est plus important, le contributeur comprend immédiatement ce que sa participation permet de financer.

Et ça rend ton objectif beaucoup plus crédible.

Attention aux contreparties

Les contreparties sont amusantes jusqu’au moment où tu réalises que tu dois réellement les fabriquer.

Tu récoltes :

500 €.

Magnifique.

Mais tu as promis :

40 affiches imprimées,

15 DVD,

12 T-shirts,

et 30 colis à envoyer.

Après impression, emballage et frais de port…

ton financement du film vient de se transformer en petite entreprise de logistique.

Privilégie donc des contreparties simples et peu coûteuses :

remerciement au générique,

accès anticipé au film,

photos numériques,

making-of,

invitation à une projection,

affiche numérique,

nom sur une page de remerciements.

Ton objectif est de financer le film.

Pas de créer une boutique de merchandising.

Prépare ta campagne avant de la lancer

Une campagne ne commence pas le jour où tu appuies sur :

PUBLIER.

Avant le lancement, prépare :

les visuels,

la vidéo,

le texte,

le budget,

la liste des contreparties,

les publications,

les personnes à contacter,

les médias,

et idéalement une partie des premiers contributeurs.

Les premières heures sont importantes.

Une campagne affichant :

0 € sur 600 €

ne produit pas la même impression qu’une campagne déjà lancée à :

180 € sur 600 €.

Mobilise donc ton premier cercle dès le départ.

Faire parler de son film

Ne te contente pas de publier quinze fois :

« Il reste 12 jours, partagez svp !!! »

Trouve plutôt des choses à raconter.

Présente ton comédien.

Montre un repérage.

Publie ton storyboard.

Explique comment tu construis un décor.

Présente le.la chef.fe opérateur.rice.

Montre un essai lumière.

Partage une répétition.

Annonce un partenaire.

Ton crowdfunding doit devenir le journal de fabrication du film.

Les gens ne suivent plus seulement une cagnotte.

Ils suivent une aventure.

Contacte les médias régionaux

Si ton film possède un véritable ancrage territorial, les médias locaux peuvent constituer d’excellents relais.

Dans les Hauts-de-France, tu peux notamment regarder du côté de médias comme le Courrier picard, La Voix du Nord, ICI Picardie et ICI Nord, les radios locales et les antennes régionales de télévision.

Tu peux également contacter des médias associatifs ou étudiants, comme les radios campus d’Amiens ou de Lille, selon le territoire concerné.

Mais n’envoie pas simplement :

« Bonjour, pouvez-vous partager ma cagnotte ? »

Donne-leur une histoire.

Par exemple :

« Une équipe de jeunes cinéastes amiénois transforme une ancienne maison en décor de film fantastique. »

Ça, c’est potentiellement un sujet.

« On cherche 400 € », beaucoup moins.

Utilise les réseaux sociaux pour construire quelque chose qui reste

Facebook, Instagram, TikTok, YouTube ou les autres réseaux adaptés à ton public peuvent servir à diffuser la campagne.

Mais pense au-delà du crowdfunding.

Ton compte peut ensuite continuer à raconter :

le tournage,

la postproduction,

l’affiche,

la bande-annonce,

les sélections en festivals,

les prix,

les projections,

les articles de presse,

puis ton prochain film.

C’est là que le financement participatif devient vraiment intéressant.

Tu ne récoltes pas uniquement :

400 €.

Tu peux commencer à construire :

une communauté.

Et lorsque tu réaliseras ton prochain projet, tu ne repartiras peut-être plus complètement de zéro.

N’attends pas le crowdfunding pour communiquer

Une erreur classique consiste à créer la page Instagram du film exactement le jour du lancement de la cagnotte.

Premier post :

« Bonjour, donnez-nous de l’argent. »

Relation particulièrement rapide.

Commence plutôt à parler du projet avant.

Montre :

l’écriture,

les repérages,

les recherches,

le casting,

la préparation,

les essais.

Lorsque la campagne arrive, les personnes qui te suivent savent déjà ce que tu fabriques.

Tu ne demandes plus de financer un projet inconnu.

Tu proposes de participer à quelque chose qu’ils.elles ont déjà commencé à suivre.

Et après la campagne ?

Continue à communiquer.

C’est extrêmement important.

Les personnes qui ont contribué veulent savoir ce que leur argent a permis de réaliser.

Montre :

le tournage,

la fin du montage,

l’étalonnage,

la création de l’affiche,

la première projection,

les festivals.

Et évidemment :

livre les contreparties promises.

Quelqu’un qui t’a donné 20 € pour ton premier court-métrage peut devenir la personne qui soutiendra ton deuxième.

Mais probablement pas si son affiche promise depuis dix-huit mois est toujours « bientôt envoyée ».

Le crowdfunding finance aussi ton futur public

C’est peut-être son intérêt le plus important.

Pour un jeune cinéaste, récolter quelques centaines d’euros est utile.

Mais réussir à réunir :

50 personnes,

100 personnes,

200 personnes

qui connaissent ton film avant même qu’il soit terminé peut être encore plus précieux.

Ces personnes pourront ensuite :

venir aux projections,

partager la bande-annonce,

suivre les sélections,

parler du film,

et découvrir ton prochain projet.

Le financement participatif devient alors autant un outil de communication et de création de communauté qu’un outil financier.

Et c’est probablement comme cela qu’il est le plus intéressant pour un premier film.